dimanche 16 avril 2017

je crois qu'un jour

Décembre
... dans le noir, je mets la main sur un cahier,
j'allume pour trouver un stylo.
Dans la rue, les gens hurlent bonne année.
Ça ne s'adresse à personne.

Premiers mots. Sur la page de gauche. A droite, la photographie noir blanc d'un ciel étoilé.

"Journal photographique d'un hiver ordinaire", c'était le titre initial de ces fragments, parus une première fois en 1998, réédités en 2016. Des mots parfois bouleversants, toujours touchants, tels de courts poèmes en vers libre ou en prose. Des photographies simples de quotidien ordinaire.

Je crois qu'un jour (2016)
de Fabrice Guénier (textes et photographies), Filigranes Éditions







mardi 11 avril 2017

mémoire de fille

La fille de 58 a 18 ans lorsqu'elle quitte ses parents, le temps d'un été, pour rejoindre la colonie de S dans l'Orne. Annie Ernaux se souvient d'elle en interrogeant sa mémoire, en relisant des lettres d'alors qui lui ont été restituées, en se penchant sur les rares photographies de cet été-là et des quelques années, deux, trois, quatre, qui lui ont succédé. Elle chemine jusqu'à la fille de "L'été 63, celui de [ses] vingt-trois ans, dans la chambre au plafond de bois d'un petit hôtel-restaurant de Saint-Hilaire-du-Touvet, Chez Jacques [...]", en passant par "la fille de Londres", l'été 60.

"Je me demande si, en commençant ce livre, je n'étais pas aimantée par cette image du jardin de Woodside Park, la fille sur un banc, comme si tout ce qui avait eu lieu depuis la nuit de la colonie aboutissait, de chute en chute, à ce geste inaugural. Ce récit serait donc celui d'une traversée périlleuse, jusqu'au port de l'écriture. Et, en définitive, la démonstration édifiante que, ce qui compte, ce n'est pas ce qui arrive, c'est ce qu'on fait de ce qui arrive. Tout cela relève de croyances rassurantes, vouées à s'enkyster de plus en plus profondément en soi au fil de l'âge mais dont la vérité est, au fond, impossible à établir". (p. 144)

Mémoire de fille (2016)
de Annie Ernaux, éd. Gallimard, 153 p.


lundi 10 avril 2017

l'origine du monde

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe FÉMININ sans jamais oser le demander (pour paraphraser Woody Allen).

La première partie est consacrée à "Ces hommes qui se sont un peu trop intéressés à ce qu'on appelle les organes féminins". La palme est attribuée au groupe de chercheurs suédois qui ont ouvert le tombeau de la reine Christine de Suède afin d'étudier si son squelette présentait des formations spécifiquement masculines. "D'un côté, la reine brillait dans des études exigeantes et poussées dans des disciplines qui, d'après nous, relèvent plutôt d'un esprit masculin, telles que philosophie, lettres classiques, astronomie et mathématiques. Et d'un autre côté, elle présentait un caractère inconsistant et fantasque, qui pourrait être interprété comme typiquement féminin." (extrait de La reine Christine - une étude anthropologique du point de vue médical, cité par Liv Strömquist). Forcément, ça interpelle : comment une femme peut-elle exceller dans des matières complexes ?? Affligeant (d'autant qu'il s'agit de recherches menées entre 1930 et 1965).

L'orgasme fait l'objet du deuxième chapitre. La présentation des différentes étapes des croyances et recherches à ce sujet explique si bien les aberrations encore en vogue dans les esprits (masculins, mais pas que) au 21e siècle. Le (bref) chapitre "Se sentir Ève ou : à la recherche du jardin de notre maman" est entièrement consacré à des témoignages de (jeunes) femmes sur leur relation à leur sexualité. Il précède la dernière partie intitulée "Montagne de sang" et qui traite des règles.

Une bande dessinée à la fois hilarante, historique, sociologique, féministe et documentée (39 références dans la bibliographie). A mettre entre TOUTES les mains, féminines et masculines, adultes et adolescentes.

L'origine du monde (2014)
de Liv Strömquist (trad. Kirsi Kinnunen), éd. Rackham (2016)


dimanche 9 avril 2017

vivre près des tilleuls

4 octobre 1956 - 3 avril 1960. Vie et mort de Louise, la fille d'Esther Montandon, écrivain suisse (1923-1998) qui n'aborda jamais ce drame dans ses quatre romans et récit. Après sa mort, un "journal de deuil" est découvert, sous forme de fragments dont certains ont disparu.

Soixante-trois brèves séquences sans pathos, sans larmes, une douleur perceptible, chuchotée, soufflée. C'est beau et délicat.


Pourtant, Esther Montandon n'a jamais existé. Ce court roman est une oeuvre à dix-huit mains, celles des écrivains de l'AJAR, l'Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands.

"Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est réellement arrivé ? Est-ce que cela vous est arrivé ?" : autant de questions auxquelles s'expose quiconque écrit. Dans le cas du roman, et a fortiori du récit littéraire,  bon nombre de lectrices et lecteurs cherchent à distinguer ce qui relève, au sein du texte, du vécu et de l'imaginaire.

La post-face met en évidence une thématique qui me fascine, en particulier depuis la lecture de D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan.

Vivre près des tilleuls (2016)
de l'AJAR, éd. Flammarion, 127 p.


samedi 8 avril 2017

chanson douce

Dès les premiers mots, le drame est exposé : "Le bébé est mort." Le court premier chapitre présente tout. Les victimes. La coupable. Sidération. Le roman s'emploiera à répondre à une seule et unique interrogation : pourquoi.


Je me suis demandé comment aurait été ma lecture si j'avais laissé de côté les trois premières pages. J'ai un instant regretté le choix de l'auteur de présenter la fin, avant tout, avant de dérouler les faits, la construction de l'horreur, peu à peu, insidieusement. J'ai finalement aimé savoir, aimé comprendre, aimé traquer les détails annonciateurs du geste de Louise.

J'ai aimé la peinture d'une société parisienne entre jeunesse bohème et conservatisme bourgeois (qu'elle exècre et renie, pourtant), tellement persuadée de son empathie et de sa générosité. J'ai aimé les quelques pages consacrées aux nounous parisiennes dignes héritières des nourrices des romans réalistes ou naturalistes du 19e siècle.

Chanson douce (2016)
de Leïla Slimani, éd. Gallimard, 227 p.


lundi 20 février 2017

angel olsen

Découverte à Reykjavík sur la platine du Reykjavík Roasters de Kárastígur.

Liens :
- son site
- ses clips VEVO


dimanche 19 février 2017

the affair (saison 1)

Noah est prof de lycée et écrivain à New York. Avec sa femme Helen et leurs quatre enfants, ils passent l'été à Montauk. Alison est serveuse au Lobster Roll à Montauk. Leur liaison est dévoilée peu à peu grâce à leurs témoignages lors d'interrogatoires de police, quelques années plus tard.


J'ai aimé l'image, la lumière, les couleurs, les paysages. J'ai aimé Montauk et New York. J'ai aimé la construction de chaque épisode, le point de vue de Noah, puis celui d'Alison, interrompus par des interrogatoires. J'ai aimé ne pas tout comprendre, j'ai aimé en apprendre un peu plus à chaque épisode. J'ai moins aimé le fait de n'être toujours pas "fixée" après le dernier épisode de la saison 1.

The affair (saison 1)
avec Dominic West, Maura Tierney, Ruth Wilson, Joshua Jackson


vendredi 17 février 2017

vingt-quatre heures de la vie d'une femme

Librement inspiré de la nouvelle de Stefan Zweig. Vingt-quatre heures dans la vie de deux femmes, d'un adolescent, d'une jeune fille et d'un vieil homme. Trois histoires se chevauchent et s'emboîtent dans un même lieu, dans des temps différents.

Henriette quitte son mari sur un coup de tête, abandonnant également son fils adolescent, Louis, dans un hôtel chic de la Côte d'Azur au début du 20e siècle. Marie Collins Brown, veuve d'un riche Anglais, cliente du même palace, tente de faire comprendre à Louis que l'amour peut amener à commettre des folies. Elle lui raconte son coup de foudre pour un officier polonais, joueur compulsif, quelques années auparavant. Louis, âgé, rencontre par hasard une jeune fille, Olivia, à la sortie du casino. Elle vient de se disputer avec son copain et monte dans le taxi de Louis pour fuir. Il lui racontera l'histoire d'Henriette et celle de Marie.


J'ai aimé les vingt-quatre heures de la vie d'Henriette et de Marie. Moins celles de Louis âgé (Michel Serrault).

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (2003)
de Laurent Bouhnik, avec Agnès Jaoui, Michel Serrault, Bérénice Bejo


jeudi 16 février 2017

women new portraits

Après notamment New York, Singapour et Londres, l'exposition itinérante d'Annie Leibovitz s'est arrêtée à Zurich, dixième et dernière étape du périple. Je suis heureuse de l'avoir vue, même si je n'ai pas été follement enthousiasmée.

Le lieu était beau, brut, les photographies touchantes, sublimes, mais la foule (un mercredi après-midi à quelques jours de la fermeture) et l'accrochage ne m'ont pas permis de "déguster" les clichés. En particulier, les photographies accrochées de côté sont inaccessibles puisque des visiteurs stagnent à moins d'un mètre pour visionner les deux grands écrans où défilent et se répondent des dizaines (des centaines ?) d'images.

Women : new portraits (28 janvier - 19 février 2017)
de Annie Leibovitz, Selnaustrasse 25, Zürich


dimanche 12 février 2017

vis à vis

Je me souviens d'une chambre d'hôtel, place Dauphine. De l'autre côté de la place, les fenêtres d'une vieille dame. Je me souviens de mon premier appartement, avec vue sur les Alpes et les toits. Et dans un toit, les fenêtres d'un appartement où je distinguais à peine une cuisine. Je me souviens du premier appartement de G. et O. à Genève, le jour de leur emménagement au printemps. Fenêtres ouvertes sur une rue étroite. En face, le spectacle de toutes les fenêtres ouvertes des voisins. Je me souviens de la Scandinavie où aucun rideau aucun volet ne cache la vie qui va.

Vis à vis (2014)
de Gail Albert Halaban, éd. de la Martinière

Liens :
- son site
- Vis à vis (extraits)
- Paris views (video)


jeudi 2 février 2017

dalida

Dalida a peuplé mon enfance et mon adolescence au travers du poste de radio et des émissions TV du samedi soir. C'était à peu près tout.

Pourtant ce film m'a bouleversée. Au-delà de la vie de Dalida, succession de déchirements et de souffrances, c'est le film qui est incroyablement touchant et beau. Chaque image est sublime. Et puis il y a Sveva Alviti.

Moins de 12h plus tard, je n'en suis pas remise.

Dalida (2017)
de Lisa Azuelos, avec Sveva Alviti


mercredi 18 janvier 2017

la voleuse de livres

Dans l'Allemagne de 1938, Liesel a dû être abandonnée par sa mère, communiste (?). Elle est confiée par la Croix-Rouge à un couple qui l'adopte. Elle est fascinée par les livres mais sous Hitler, ils sont interdits (?). Elle a volé un premier livre, le manuel du parfait fossoyeur, grâce auquel elle apprend à lire avec son père adoptif. Elle assiste à un autodafé et vole un second livre, rescapé du bûcher. Elle se lie avec la femme du maire, qui possède une gigantesque bibliothèque. Désormais, elle ne vole plus les livres, elle les emprunte. Mais la guerre fait rage, les bombardements se succèdent, les hommes de la ville rejoignent le front, même les plus âgés et les plus jeunes...


L'Allemagne nazie racontée par un écrivain australien, réalisée par un Britannique, financée par un studio américain. C'est rempli d'imprécisions historiques, de clichés (les Allemands heureux d'accueillir les soldats américains qui envahissent l'Allemagne... mais bien sûr), de pathos, de bons sentiments. Avec des larmes et une fin heureuse, of course. Je ne dis pas que j'ai détesté, je suis juste devenue allergique à un certain cinéma américain. Film parfait pour une soirée TV en semaine, quand il fait glacial et qu'on est fatigué.

La voleuse de livres (2013)
de Brian Percival, avec Georges Rush, Emily Watson, Sophie Nélisse


lundi 16 janvier 2017

tout autour

Des mots simples, plein de poésie. Des dessins d'une BEAUTÉ... !!

Tout autour (2016)
de Ilya Green, éd. Didier Jeunesse

Lien :
- son site



dimanche 8 janvier 2017

les mains rouges

Copenhague, fin des années 70. Le narrateur travaille au service de réservations des hôtels à la Gare Centrale. Il y rencontre Randi, une étrange jeune femme qui vient d'arriver par le train de Hambourg. Ils partageront quelques heures, quelques jours ensemble avant qu'elle ne s'évapore.

Il la croisera à Copenhague quinze années plus tard, par hasard. Randi, devenue Sonja, lui racontera alors 1977. Il ne la connaissait pas, il ne la connait pas, mais il est le seul à qui elle peut parler de Randi.

Et puis elle disparaitra, encore. Et puis elle le retrouvera, encore.


J'ai aimé retrouver les rues de Copenhague, Klampenborg, Bakken, au travers des pages de Jens Christian Grøndahl. J'ai aimé retrouver son écriture, sa sensibilité. Pourtant j'avoue avoir lu "un peu vite" certaines pages consacrées de près ou de loin à la Bande à Baader, ou Fraction Armée Rouge. Quatre jours en mars reste son roman qui m'a le plus touchée.

Les mains rouges (2006)
de Jens Christian Grøndahl, éd. Folio (2011), 177 p.


mercredi 4 janvier 2017

ce qui nous sépare

Un soir d'hiver, un RER quitte Paris pour sa banlieue Nord-Ouest. Dans la même voiture se côtoient, s'observent parfois, Marie, Alain, Cigarette, Chérif, Laura, Liad, Frank, que tout sépare.


Un très beau texte, tout en douceur, en retenue. Le narrateur glisse tour à tour dans l'esprit et la vie de chaque voyageur, avec une même tendresse.

Ce qui nous sépare (2016)
de Anne Collonges, éd. Acte Sud, 169 p.


dimanche 27 novembre 2016

alceste à bicyclette

Gauthier Valence débarque sur l'île de Ré chez son ami Serge Tanneur pour lui proposer de remonter sur les planches dans Le Misanthrope. Durant quelques jours, l'acteur de cinéma et de télévision, au sommet de sa gloire, tente de convaincre le comédien retiré en ermite à Ars-en-Ré. Les répétitions s'enchainent pendant cinq jours, entremêlées de balades à bicyclette dans les marais salants.


Je reviens de l'île de Ré et je suis en train d'étudier Le Misanthrope avec mes élèves, le moment était donc particulièrement bien choisi pour regarder ce film, en ce premier dimanche (gris) de l'Avent. Ce fut un réel bonheur de retrouver Ars, ses volets fermés en morte saison, les marais sous la grisaille, le bord de mer. Luchini est un attachant Alceste Tanneur, qui a choisi son camp entre sincérité et diplomatie. 

Alceste à bicyclette (2013)
de Philippe Le Guay, avec Fabrice Lucchini, Lambert Wilson